Les Salha – Du Liban au Texas, le rêve américain

A la maison, les Salha parlent anglais. Mais en bons petits Libano-américains, Diana et Christopher, les enfants, apprennent et parlent trois langues : français, anglais, arabe. Leurs parents sont arrivés à Houston à cause de la guerre civile au Liban (1975-1990). Fadi quand il avait seulement treize ans. Liliane lorsqu’elle avait vingt-six ans. Ces deux professionnels de la santé (dentiste et pédiatre) ne se sont pas adaptés de la même façon au Texas.

Pour Fadi, dont le frère et la sœur vivent à Houston et Austin, le choix est clair. « J’aime le Texas, il y a beaucoup d’espace. Vous pouvez travailler, voyager n’importe où et j’aime l’esprit entrepreneur des Américains. Je dirais que je suis Texan à 75 % et Libanais à 25 %. J’aime être américain mais j’aime aussi la culture libanaise centrée autour de la famille. Même si parfois la société là-bas est très pesante. »

Les Salha : Fadi le père, Diana la fille, Christopher le fils, Liliane la mère.

Liliane reconnaît dans un sourire que son mari est plus américain qu’elle. « Il y a beaucoup de codes sociaux ici et même vingt ans après mon arrivée, il y en a certains auxquels je ne me fais toujours pas. »  Comme parfois le manque de sincérité dans les amitiés ou la culture qui restent pour elle des points d’achoppement. Quand les Salha aimeraient parler de musique classique ou de peinture, les Américains répondent plutôt sport et argent.

DES ENFANTS AMERICAINS

Liliane se définit comme « une Libanaise de culture française ». Elle se verrait bien profiter de sa retraite en France. « Cela fait vingt ans que je suis au Texas, mais je ne sais plus ce que je suis. J’aime le Liban, j’aime la France. Quand je suis au Liban, j’ai envie de rentrer aux Etats-Unis. Là, j’aimerais vivre en France… Je suis attachée à tous ces pays. »

La pédiatre se souvient de son examen de médecine qu’elle a réussi en 1990 à Beyrouth.

« J’habitais rue Monnot et mon père et mon frère m’ont accompagnée jusqu’à la salle d’examen. Nous entendions les bombes tomber autour de nous. Beaucoup d’étudiants abandonnaient. C’était horrible. Mais moi, c’était ma seule porte de sortie pour fuir le Liban. En 1990, c’était vraiment le pire, il n’y avait rien à faire là-bas. »

Même si elle a fait toutes ses études en français, son diplôme non reconnu en France sera un frein. Après deux ans passés dans ce pays où elle se sent « chez elle », elle partira aux Etats-Unis. En Floride, Louisiane… Puis direction Houston, où elle avait quelques amis.

L’arrivée au Texas pour Liliane fut un choc culturel. Elle qui ne parlait pas un mot d’anglais a du s’adapter à l’attitude très avenante des Américains. « Ils prenaient ma politesse, mon retrait pour du snobisme. »  Les enfants, eux, sont de vrais petits Américains. Au programme de l’anniversaire de Diana pour ses dix ans : atelier de cupcakes  et laser game. Christopher, lui, est décidé à faire du football américain.

Mais tous les deux adorent rentrer chaque été au Liban. C’est l’occasion de jouer dans le jardin avec les cousins du village de Kfour, près de Jounieh. L’année dernière, ils ne sont pas rentrés, l’ambiance était trop tendue. Les parents, végétariens, ont choisi une certaine qualité de vie pour voir leur enfants grandir. Liliane qui travaillait trop a décidé d’exercer seulement trente heures par semaine dans son cabinet, pour être présente auprès de ses enfants. La culture, la musique, la peinture sont des passions familiales.

A ceux qui tentent l’aventure du retour en terre libanaise, les Salha disent « bonne chance ». Ils ont des amis qui sont rentrés et ont vite abandonné face aux difficultés persistantes au pays du Cèdre. Mais pour eux, « au Liban, il n’y a pas de futur. »

« Le gouvernement ne fait rien. Il n’y a pas d’électricité, pas d’eau. Pourquoi quitter les Etats-Unis pour le Liban ? C’est de la folie ! Pour que nos enfants eux aussi aient un jour à quitter ce pays ? »

Elle est maronite, lui catholique. A Houston, ils vont régulièrement à l’église Our Lady of the Cedars. « Au Liban, tout le monde s’accroche à sa religion. Au niveau artistique, culturel, cette diversité est très enrichissante. Mais le problème, ce sont les hommes politiques qui manipulent les gens. La religion doit être privée, entre vous et Dieu. Ici, on a des amis musulmans, druzes… Et on s’en fiche ! » La solution pour le Liban, ils ne l’ont pas. Mais ils pensent qu’il faudrait un gouvernement fort, capable de diriger le pays vers la bonne direction.

Le dernier attentat à Beyrouth les a beaucoup touchés. « C’est simple, dès que quelqu’un fait quelque chose de bien au Liban, on le tue… Gebran Tuéni, Bachir Gemayel… Et maintenant Wissam al Hassan… Depuis trente ans, les nouvelles du Liban c’est toujours la même chose… Le système confessionnel n’est plus adapté. Le seul moyen c’est de séparer l’Etat de la religion. »

Américaine depuis dix ans, Liliane se demande parfois ce qu’elle fait à Houston, au Texas… Elle rêve de vivre auprès de toute sa famille, de passer le dimanche autour d’une table de mezzés. Mais ce rêve demeure inaccessible. « A cause de quelques irresponsables et de la guerre… » lâche-t-elle, la voix serrée.

TEXTE & SON Mélinda

PHOTOS Cécile

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À propos de Mélinda Trochu

Journaliste freelance. Ex CFJ promo 2009. Ex-JRI à France 3. Ex ambassade de France à Beyrouth.

2 réflexions sur “Les Salha – Du Liban au Texas, le rêve américain

  1. Bonjour,
    très bon papier, mais il y a un point sur lequel vous n’êtes pas allées assez loin : ils sont dans le médical et semblent peu faire cas de l’attention aux autres que le couple pourrait porter à la population plus nécessiteuse qu’eux. Même remarque pour la politique de couverture sociale d’Obama. Mais peut-être sommes nous trop éloignés culturellement de leur façon de penser.

    • Bonjour,
      Merci de votre commentaire. Ils sont effectivement dans le médical et sont très dévoués à leurs métiers. Pour autant, politiquement, Liliane ne s’investit pas et Fadi considère que les taxes qui s’appliquent aux Américains devraient profiter à tous les Américains, pas seulement à une certaine catégorie de population. Il est difficile de tout expliquer en profondeur et nous nous efforçons de nous attacher aux thématiques qui ressortent de ces familles. En l’occurrence, ici, la difficulté de s’adapter au Texas lorsqu’on est étranger et comment concilier toutes ses attaches (Liban, France, Texas…). En espérant que notre blog vous intéresse !

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