Les Ellis – Jamais sans mon Dieu ni ma famille

Wayne et Melissa viennent tout juste de récupérer leur intimité. Jusqu’à récemment, ils dormaient avec leur dernier garçon Elijah, 10 mois. Mais celui-ci a rejoint dans la deuxième petite chambre de la maison ses frères : Everett, 5 ans, et Logan, 4 ans. La famille envisage de construire une troisième chambre, car elle a appris qu’elle aura un 4ème enfant en juin prochain.

Melissa et Wayne

A 26 ans, cette jeune Texane de Huntsville ne vit que pour Dieu et sa famille.

Élevée dans la religion pentecôtiste, elle s’est mariée avec Wayne (de dix ans son aîné), alors baptiste, mais converti depuis. Elle qui s’efforce de suivre la Bible à la lettre (c’est le credo des pentecôtistes) était pourtant enceinte de huit mois lors de la cérémonie. « Ma mère était un peu déçue car elle m’a élevée dans la religion, mais mes parents sont divorcés depuis que je suis toute petite, alors elle n’a pas fait de scène… » explique Melissa qui, à l’adolescence, portait une bague de virginité.

Depuis, la famille est passée par de nombreuses difficultés. L’année dernière, Wayne a eu beaucoup de mal à retrouver un emploi. « C’est une bénédiction de Dieu d’avoir trouvé ce travail », assure Melissa. « C’est vraiment difficile de décrocher un poste à Huntsville, car les employeurs préfèrent engager des étudiants », explique Wayne. Son poste d’agent d’entretien sur les complexes sportifs de la ville lui laisse du temps pour camper les weekends avec les enfants, faire partie des Royal Rangers (du scoutisme à la mode pentecôtiste) et être entraîneur de Tee Ball.

Melissa la mère, Elijah le bébé, Wayne le père, Logan le frère cadet et Everett l’aîné

Chaque mois, Melissa, elle, fait des explications de textes de la Bible aux enfants de son église et participe à diverses réunions pentecôtistes. Elle qui se voit devenir pasteur de sa communauté dans quelques années adore sa vie de maman à plein temps.

« Rester à la maison, m’occuper de mes enfants et mon mari, c’est le travail de mes rêves. Et pas besoin d’un diplôme pour ça. »

Pourtant, au début de leur mariage, les Ellis ont dû faire face à des défis. Melissa, si fervente et dévouée à sa famille aujourd’hui, a fait une dépression nerveuse deux mois après la naissance de son premier enfant. Le couple s’est séparé trois mois. Le temps pour Melissa d’avoir une relation homosexuelle avec une amie, élevée aussi dans la religion.

Mais pour Melissa, l’homosexualité c’est le mal. « Dans la Bible, il est écrit que les homosexuels devraient être lapidés et tués. J’ai essayé l’homosexualité et il n’y a pas de vie dans cette voie, pas de bonheur. Je me suis excusée auprès de Dieu. Mon amie est toujours homosexuelle et compte se marier à New York. Mais ici, au Texas, son mariage ne sera pas reconnu. Dieu merci ! » Wayne, furieux dans un premier temps, a réussi après « de nombreuses prières » à pardonner à sa femme au bout de quelques années.

DIEU LE SEUL JUGE

Si elle est totalement opposée à l’homosexualité, Melissa assure pourtant: « Dieu a dit que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre. Ce n’est pas aux hommes de juger leurs semblables.  Dieu est le seul juge. Il faut toujours laisser une chance aux personnes de se repentir et de demander pardon. » Et si un jour un de ses enfants lui dit qu’il est homosexuel, elle pensera qu’elle l’a mal éduqué. « Nous voulons être un exemple pour nos enfants et nous ne les laissons pas côtoyer des homosexuels. Il ne faut pas qu’ils puissent se dire que c’est normal et acceptable. » Et cela concerne la sœur de Wayne, homosexuelle et interdite de voir ses neveux.

Avant de rencontrer Melissa, Wayne allait à l’église, mais buvait aussi de l’alcool avec ses amis. Depuis Melissa, c’est direction la messe deux fois le dimanche et deux à trois fois par semaine en plus. Et depuis six ans, aucune goutte d’alcool. Les Ellis vivent sans câble et sans Internet. Mais parce qu’Everett commence à avoir besoin d’un ordinateur pour l’école, la famille est décidée à investir dans les semaines qui viennent.

Côté finances, Wayne rapporte un salaire de 1 200 $ par mois. La famille reçoit des allocations alimentaires et les enfants sont sous Medicaid. La maison (âgée de plus de 30 ans) appartient à la famille de Melissa et ne leur coûte que 350 $ mensuels. Lorsque ses enfants seront grands, Melissa s’imagine bien devenir photographe pour des mariages. Wayne, lui, rêve d’avoir son entreprise de construction. Il a d’ailleurs rénové seul une bonne partie de la maison familiale. Si les enfants vont à l’université, le couple fera de son mieux pour les aider. Et vu qu’en tant que garçons « ils devront pourvoir aux besoins de leur famille », Melissa souhaite qu’ils aillent le plus loin possible.

Mais assurer les études de quatre enfants -ou plus- n’est pas facile aux Etats-Unis. Et Melissa n’utilise aucune contraception.

« Nous voulons quatre enfants et Dieu le sait. Si Dieu veut que nous en ayons plus, c’est sa volonté. Il peut faire de moi ce qu’il veut » assure-t-elle.

Du côté de la mère et de la grand-mère, on voit d’un mauvais œil l’arrivée du petit quatrième à cause des difficultés financières de la famille. « Ma grand-mère veut que je prenne la pilule… » explique Melissa.

L’élection présidentielle n’arrive pas vraiment jusqu’aux Ellis. Melissa sait juste que si elle va voter, ce sera pour « celui qui est contre Obama ». Elle ne comprend pas la différence entre les Républicains et les Démocrates et s’intéresse plus à la Bible. Pour elle, l’élection est « importante mais pas vraiment au final… car de toute manière l’Antéchrist, synonyme de fin du monde, va venir. » Et elle est sûre d’aller au Paradis. Qu’Obama et Romney la suivent lui importe peu. A Huntsville, les Ellis prient mais certainement pas pour un parti politique.

TEXTE Mélinda

PHOTOS Cécile

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À propos de Mélinda Trochu

Journaliste freelance. Ex CFJ promo 2009. Ex-JRI à France 3. Ex ambassade de France à Beyrouth.

7 réflexions sur “Les Ellis – Jamais sans mon Dieu ni ma famille

  1. Eh bé, il en prend un coup le rêve américain avec vos reportages !
    Eux, ils me font peur, et je crains qu’il y en ai pas mal des Wayne et Mélissa là-bas.

  2. Eh ben… Autant certains portraits font rêver parce qu’ils montrent des gens ouverts d’esprit et cela donne de l’espoir, notamment pour les homosexuels. Autant cette famille entièrement vouée au seigneur est flippante. En tout cas, continuez, votre voyage est hyper instructif 🙂

  3. Même après avoir vécu 13 ans au Texas et donc peu étonnée par ce reportage – heureusement à Houston grande ville cosmopolite, cette histoire rappelle la cruelle réalité du pays et cette famille met mal à l’aise. D’un coté, on les plaint pour leur niveau de vie, ces enfants qui ont des jouets mais n’auront sûrement pas la possibilité de poursuivre des études à moins d’être brillants en sport ou académiquement, l’obésité des parents typiques des gens pauvres et de l’autre on n’arrive pas à comprendre ce sectarisme religieux, cette intolérance qui les fait rejeter même des membres de leur propre famille, ce manque d’éducation politique. C’est malheureusement ça l’Amérique: des gens ignorants, victimes des systèmes éducatif (des écoles publiques sous financées et à l’enseignement médiocre et dogmatique (pas de théorie de l’évolution dans bcp d’écoles au Texas), médiatique (Fox News et tous ses mensonges), politique (l’argent à gogo versés aux partis, les publicités négatives, le sponsoring nécessaire à financer des campagnes pour avoir une chance de gagner, des juges élus), religieux (églises surdimensionnés, des prêcheurs conservateurs qui sont davantage des businessmen). Le rêve américain est bien mort mais peu encore s’en rendent compte car on les berce d’illusions depuis la naissance.

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