Naomi, 96 ans, une vie de labeur texan

Naomi est une pure Texane. Têtue, travailleuse, attachée à sa famille et à son Etat. A 96 ans, elle a vécu toute sa vie au Texas.

Nous la rencontrons dans le centre de Paris (Texas !) où sa petite-fille (Anita) et le mari de cette dernière (Gary), vivant près de Dallas, la visitent une fois tous les quinze jours. Parce que Naomi a beau avoir 96 ans, elle vit toujours seule chez elle avec son chien Daisy ! Chaque semaine, des voisins viennent s’enquérir de la santé de la nonagénaire et une femme de ménage passe également prendre soin de la maison.

Anita, la petite-fille, Naomi, et Gary le mari d’Anita

Née à Lewisville en 1916, Naomi a deux soeurs, décédées avant elle. Son mari, avec qui elle a été mariée pendant 74 ans, est décédé il y a deux ans. Mais pour Naomi, pas question de quitter cette maison qu’elle a conçue et que Wayne a construite de ses mains. « Je sens sa présence ici. Je n’aurais plus rien de lui dans une maison de retraite… Et puis même si j’aime les gens, je n’ai pas envie de les voir tout le temps ! » assure-t-elle malicieuse. Même si Anita, sa petite-fille, est inquiète pour elle, elle respecte son choix : « C’est sa maison. Et je pense que c’est mieux pour elle d’y rester. »

Pour aller à l’école, dans les années 20, Naomi prend son cheval. Les enfants de fermier, comme elle, sont mal vus par les enfants des villes. A la ferme, elle ramasse le coton. A l’école, elle décroche à 18 ans une bourse pour aller à l’université. Mais elle rencontre Wayne et décide de se marier.

« Je voulais juste être une femme au foyer. Et ma famille est ce dont je suis le plus fière aujourd’hui, car ils ont tous bien évolué. »

Quand Naomi se marie avec Wayne, le couple fait le tour du centre-ville dans une brouette en guise parade. Ils n’ont que 500 $ pour commencer leur vie et acheter du mobilier. Wayne, tombé sous le charme de la jeune Texane, « la plus belle de la classe », n’a pas eu à partir pour l’Europe lors de la seconde guerre mondiale parce qu’il était fermier. « Il fallait être volontaire » se rappelle Naomi. De leur union naît deux garçons, un qui a repris la ferme familiale, l’autre s’est expatrié en Asie. Naomi skype avec lui régulièrement grâce à l’ordinateur qu’apporte Anita.

« Wayne était très travailleur, il avait bon caractère et ne buvait jamais. »

Naomi vit seule dans sa maison, à 96 ans.

La vie à la ferme pour Naomi et sa famille fut très rude. A son premier accouchement à la ferme, en 1938, Naomi n’est aidée que par sa mère, sa belle-mère et sa tante. Il n’y a ni électricité, ni eau, ni salle de bains, ni toilettes. Naomi se rappelle qu’elle utilisait les catalogues de publicité Sears gratuits en guise de papier toilette. Et pour chauffer la maison, la bouse de vache brûlait dans le poêle.

Chaque jour, on tuait un poulet pour le frire. « Normalement, on cassait le cou du poulet à la main mais moi je mettais mes pieds sur sa tête et je tirais par les pattes. » Pour acheter sa première baignoire, installée dans la cuisine, la famille vend toute une récolte. Et côté débrouille, Naomi est la reine pour récupérer les sacs d’alimentation de ses poulets pour en faire des robes !

La première moisson fut ruinée par la grêle. « Nous avons dû investir tout notre argent pour replanter. Il n’y avait pas d’assurance récolte à l’époque. Maintenant, le gouvernement nous paie pour ne pas cultiver certaines de nos terres. Cette année, nous avons encore été payé 10 000 $ pour laisser une partie en friche. » La ferme et une soirée dominos chaque vendredi soir, c’était le quotidien de la famille. « Nous n’avions qu’un lit, donc quand nous avions des invités nous dormions sur le sol pour qu’ils prennent notre lit. »

Naomi a élevé sa petite-fille Anita comme sa fille lorsque celle-ci a perdu sa maman d’un cancer du cerveau. Anita se remémore ces instants précieux de bonheur après le drame : « Je me faufilais en pleine nuit chez mes grands-parents pour dormir avec eux. J’aimais aussi les aider à la ferme et jouer dehors. Ma grand-mère cuisinait tous les jours des tartes au chocolat et du poulet frit. » »

NAOMI IRA-T-ELLE VOTER LE 6 NOVEMBRE ?

Depuis 1965, Naomi habite à Paris. Elle, passionnée de peinture et par son jardin. Wayne, lui, était doué pour la remise à neuf de meubles. Jusqu’à leur retraite, Naomi et son mari n’avaient pas d’assurance maladie. Ils ont ensuite profité de Medicare« Nous étions très très pauvres. Vous savez, les femmes n’avaient pas le droit de vote avant… Je ne pense pas voter cette année. Je n’ai pas de moyen pour m’y rendre et surtout je ne suis plus la politique, je ne veux pas faire d’erreur. » Mais Naomi est Démocrate. « Je ne pense pas que les gens riches puissent comprendre les pauvres. Si je vais voter, ce sera pour Obama. » Anita et Gary, eux, sont Républicains : « Obama a fait trop de dépenses publiques et Mitt Romney sait comment gérer son argent. » 

En riant, ils lancent à Naomi: « Si tu votes pour Mitt, nous t’emmènerons au bureau de vote ! »

Mais Anita promet ensuite de conduire sa grand-mère quel que soit son choix si elle se décide effectivement de participer au scrutin.

Quand on demande le secret de sa longévité à Naomi, elle répond en rigolant : « Ce n’est pas grâce à ce que je mange ! Entre le poulet frit et les donuts… Mais travailler dur est sûrement la clé. » Vivre seule à 96 ans ne la soucie pas. « Si c’est mon heure de partir, alors que Dieu me prenne. Je n’ai pas peur, je dors bien ! » sourit-elle. En cas de problème, la Texane peut déclencher une alarme qu’elle porte en collier.

Dans son testament, Naomi est claire. La ferme, qui produit aujourd’hui blé et cotton, ne peut être vendue et doit rester dans la famille. Une famille qui compte 2 enfants, 5 petits-enfants, 11 arrières-petits-enfants et 3 arrières-arrières-petits-enfants soit cinq générations réunies autour de Naomi !

Pour Anita, les Texans sont « travailleurs, honnêtes, authentiques ». Le portrait tout craché de Naomi !

TEXTE Mélinda

PHOTOS Cécile

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À propos de Mélinda Trochu

Journaliste freelance. Ex CFJ promo 2009. Ex-JRI à France 3. Ex ambassade de France à Beyrouth.

4 réflexions sur “Naomi, 96 ans, une vie de labeur texan

  1. Au début des années 50, la vie dans certaines campagnes françaises n’était encore pas très différente de ce qu’elle décrit avant-guerre au Texas, et s’il y avait l’électricité, il n’y avait pas toutes les autres commodités.
    Ce n’était probablement pas le coeur de votre sujet, mais c’aurait été intéressant de mettre en perspective ce qu’elle décrit de la vie agricole dans les années 30 avec le productivisme actuel, exporté en Union européenne, qui conduit effectivement à l’aberration de rémunérer des paysans pour laisser des terres en jachère. Je me demande s’il y a des producteurs bio et l’équivalent des amap au Texas ?

    • Oui ! Et des marchés fermiers et des coops alimentaires bio… Austin héberge même le siège social de LA chaîne de supermarchés bios US : Wholefoods. J’ai très envie d’écrire là-dessus, mais tout cela est un peu loin de Naomi, qui vit dans une petite ville. Le mouvement pour acheter local et bio se déroule stt en villes, comme en France.

  2. Pingback: La première fois que j’ai tiré avec une arme à feu | Texas families

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